sociologie urbaine

Qu’est ce que la sociologie urbaine ?

Aujourd’hui, en Belgique, trois personnes sur quatres habitent en ville. Si on ajoute aux agglomérations toutes les communes rurales qui sont dans leur périmètre d’influence, c’est au total plus 96% d’habitants qui habitent dans des zones de peuplement industriel et urbain.

Désormais la ville est partout. Dans sa matérialité d’abord mais aussi comme fait de société, la sociologie urbaine s’est donc progressivement imposée comme une branche importante et prolixe de la discipline. La sociologie urbaine n’est pas pour autant la sociologie de tout ce qui se passe dans la ville. Elle se concentre plutôt sur la dimension proprement urbaine de la vie sociale.

La ville c’est à la fois un territoire, un regroupement de population, un cadre matériel, une unité de vie collective, une configuration de bâtiments et d’équipements mais aussi des formes particulières de relations sociales.

On peut décider de s’intéresser plus particulièrement à l’un ou à l’autre de ces aspects mais évidemment ils sont indissociables.

Yves Grafmeyer distingue plusieurs approches possibles en sociologie urbaine et bien je vous propose de les découvrir.

Louis Wirth a été le premier à s’intéresser à la ville comme une constellation de personnes qui s’impliquent dans des modèles prédéfinis de comportements. En fait ce qui caractérise le citadin, c’est qu’il est pris dans des appartenances multiples dans lesquelles il doit jouer des rôles spécifiques (père ou mère de famille, employé de bureau, usager des services publics, etc ..). Chacun de ces rôles n’engagent q’une dimension particulière de sa personne. Mais la ville peut permettre à tous ces rôles de s’exprimer. La ville devient donc un milieu englobant où se combinent les différents aspect de l’activité sociale. Elle constitue du coup un cadre d’observation très pertinent pour étudier les interférences et les compromis. Ils s’instaurent pour chaque individu entre différentes dimensions de son existence.

La sociologie urbaine peut permettre d’observer et d’analyser cette tension entre la diversité des rôles et l’unité de la personne. Concrètement, pour étudier ces rôles sociaux et la manière dont ils s’articulent, une première façon de procéder consiste à délimiter à priori un sous-ensemble relativement homogène au regard d’un critère qu’on juge pertinent en fonction de l’objet de la recherche.

Cela peut être un critère démographique, comme les jeunes par exemple, cela peut être un critère socio-professionnel comme les ouvriers ou les cadres. Cela peut aussi être un critère résidentiel comme les pavillonnaires. Un des exemple les plus célèbre est l’habitat pavillonnaire de Henry Raymond. Les populations urbaines ont été longtemps envisagés de manière statique mais la position occupée par chaque individu et les liens qui l’unissent aux autres individus peut se modifier au cours du temps. L’approche par la population en sociologie urbaine va donc distinguer l’approche transversale qui observe une population à un moment donné et l’approche longitudinale qui s’attache à resituer et à suivre au cours du temps la succession des événements qui affectent chacun des membres de cette population. Sur ce point, on peut citer les travaux de Howard Becker ou ceux de William Thomas, un des fondateurs de l’école de sociologie urbaine de Chicago qui avait inauguré cette voie en étudiant les tribulations d’un jeune polonais émigré aux états unis.

Chaque société, chaque organisation sociale se caractérise par un ensemble de rapports sociaux, d’activités sociales qui permettent aux populations de transformer le milieu naturel et de lui donner une fonction, un sens. Tout espace exploité, habité, parcouru porte donc la marque des activités humaines qui s’y attachent. Du coup, il est tentant de voir dans ces espaces le reflet directement lisible de la structure sociale dont il est le support. Donc en gros, « dis-moi comment tu habites, je te dirai qui tu es ». C’est un peu vrai mais c’est insuffisant car l’espace n’est pas qu’une surface d’enregistrement parfaitement neutre. Il n’est pas une sorte de double matériel de la vie sociale. L’espace fait partie intégrante de cette vie sociale, il est en interaction et en interdépendance avec les autres éléments de l’existence qui s’y développent. Les structures morphologiques s’imposent aux individus comme des cadres relativement contraignants et en retour les individus transforment, détournent ou aménagent les espaces.

L’espace n’est donc pas juste le décor de la vie sociale, il en est un véritable partenaire avec lequel il faut compter. La vie sociale transforme l’espace, l’espace transforme la vie sociale. Dans les années 20, les sociologues de l’école de Chicago avaient défini les principes d’une approche écologique au sens strict du terme c’est à dire relatives aux conditions d’existence du citadin et à ses rapports avec son environnement. L’écologie urbaine représente une perspective très riche pour l’étude des villes conçues comme des environnements matériels et humains. A la fois produit de l’activité humaine et source d’effets retour sur les manières d’agir et de penser, l’espace est aussi un enjeu de la vie urbaine, enjeu de compétition pour la possession des sols, enjeu d’appropriation symbolique de contrôle du voisinage, d’accès aux espaces publics, enjeu de domination politique etc

Beaucoup de recherches se sont attachées à étudier les interactions qui se nouent autour de tel enjeux sociaux et économiques dans l’espace urbain

La notion de système est très largement utilisé en sciences humaines et sociales. Un système est un ensemble d’éléments interdépendants qui tous ensemble contribuent à l’équilibre du tout et à la régulation des rapports avec l’environnement. Analyser la ville comme un système revient à analyser des interactions qui mettent en jeu à un titre ou à un autre l’équilibre et le devenir de la ville. C’est le cas par exemple des organisation politiques économiques ou associatives dont l’interaction a un effet sur la gestion de la ville. A une autre échelle, on peut rattacher à l’approche systémique tous les travaux dominé par le soucis de prendre en compte les mécanismes d’interdépendance et de rétroaction qui lient ensemble les différentes composantes des activités des populations et des espaces qui s’articulent au sein d’une ville. Habiter une ville revient pour les individus à fabriquer et à relier entre eux des blocs d’espace-temps (espace-temps du travail, du loisir etc…)

L’écologie urbaine est une approche systémique puisqu’elle considère la ville comme un écosystème. C’est une approche intéressante parce qu’elle invite à dépasser les clivages institués entre sciences sociales d’une part et sciences de la nature d’autre part.

L’approche systémique a des limites si on l’utilise de manière abusive, si on ne se concentre que sur ce qui fait système, c’est une approche qui peut conduire à privilégier la question d’équilibre et des régulations et à ne pas voir ou moins voir les crises et les fractures qui font aussi partie intégrante de la vie urbaine.

Il peut être intéressant de raisonner en terme de processus. Dans ce cas, le but sera d’identifier un ensemble de phénomènes organisés dans le temps et de reconstituer la ou les logiques derrière la suite des opérations et des événements. Par exemple, toutes les actions combinées des habitants, des aménageurs ou des politiques qui contribuent à réhabiliter un quartier ou à transformer un plan de circulation peut être conçu comme un processus. Il y a dans l’idée de processus comme celle de système l’idée d’interdépendance mais cette fois ci on envisage les choses dans une perspective à la fois plus ouverte, plus dynamique et moins directement focaliser sur la recherche de structures d’interactions stables.

Attention, l’analyse d’un processus ne doit pas être confondue avec la description d’un changement parce que la reproduction à l’identique d’un équilibre local ou de la composition sociale d’un quartier peut aussi être le résultat d’un processus qui mérite d’être expliqué au même titre que leur transformation.

Analyser la ville sous l’angle du processus permet aussi de voir la ville comme l’effet agrégé d’un grand nombre de décisions individuelles dont la composition produit un résultat collectif qui n’était peut être pas au départ souhaité par quelqu’un en particulier.

La sociologie urbaine est très riche, les objets sont très variés, les manières de voir les choses sont diverses.

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